Je me suis converti à l'Islam

Julien a choisi sa religion : l’Islam.


La chahada est une attestation de foi prononcée devant deux témoins. Pas de clergé, une relation directe avec Dieu, à travers la prière. C’est une des particularités qui m’ont attiré vers cette religion : sa simplicité.

Je me suis converti à l’Islam à 18 ans. J’en ai 32. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours cru en Dieu. Avant d’être musulman, j’étais catholique. Je ne me suis jamais senti à l’aise avec cette religion, ni avec ses représentants. Son aspect mortifère me rebutait. La culpabilité, omniprésente dans les prêches et dans les textes, me dérangeait. Sait-on que le péché originel n’existe que dans le christianisme occidental, et n’a aucune réalité en Islam ?
Pour ces raisons, et d’autres, j’écoutais avec attention mes amis musulmans lorsqu’ils parlaient de leur religion. Pour autant, j’avais à cœur de défendre mes racines : françaises, italiennes et donc catholiques. Puis j’ai voulu rejoindre la communauté musulmane à la fin du lycée, à la fois parce que certains de mes amis proches en faisaient partie et parce que cette religion semblait mieux correspondre à mes attentes spirituelles.

Ma famille fait partie des classes populaires rurales. Si mes parents et mon frère n’ont sans doute pas vraiment compris les raisons de ma conversion, ils ne m’ont jamais fait aucun reproche. Mes amis d’enfance n’ont pas été aussi tolérants. Je n’ai subi aucune persécution, mais nos relations ont évolué, jusqu’à l’éloignement inévitable. Ce qui m’était reproché ? Ne plus boire d’alcool, essentiellement. J’ai fait des études universitaires en ville, où je m’étais imaginé que les gens y seraient plus compréhensifs. Un leurre.
Ma principale appréhension concernant ma famille était qu’ils croient que j’avais renié mes origines, et eux-mêmes avec. Même si je n’ai jamais osé l’annoncer à mes grands-parents italiens, je n’ai pas eu l’impression de trahir ma famille. Si elle est intervenue au moment de l’adolescence rebelle, où je m’insurgeais contre les injustices de l’État français, ma conversion à l’Islam n’a jamais signifié faire table rase. J’ai expliqué à mes parents que l’Islam est la religion qui vient parachever les religions monothéistes précédentes : le judaïsme et le christianisme. De nombreux épisodes de la Torah et de la Bible sont présents dans le Coran, afin de souligner cette continuité.

C’est après m’être converti que j’ai véritablement découvert ma religion. J’ai beaucoup lu, échangé avec d’autres musulmans. Aujourd’hui, j’aime toujours ma religion, même plus qu’avant..
Avec les musulmans, et les autres, c’est plus compliqué. J’ai coutume de dire que je suis trop musulman pour certains, pas assez pour d’autres. Pour certains frères musulmans, je suis trop impliqué dans le dounia, la société ou la politique. Pour les autres, je suis différent, un peu trop sérieux, au mieux. Ce qui gangrène la France, au pire. Mes frères musulmans, plus foncés de peau que moi, ont subi des discriminations dès l’enfance. Aujourd’hui, des groupes anti-musulmans se forment et les actes islamophobes se multiplient.

J’aime mon pays. C’est pourquoi je suis critique à son égard. J’aime sa devise, je n’aime pas qu’elle ne soit pas appliquée. Je ne peux plus entendre ce vieux discours sur l’intégration. Dans mon village, pour que les arabes (nés en France pour la plupart) soient intégrés, il faut qu’ils boivent de l’alcool et mangent du porc. Il va falloir du temps pour que les mentalités changent. Pour que les esprits s’ouvrent.

Je suis blanc, citoyen français, d’origine italienne, musulman, de gauche. Je connais des musulmans africains, chinois, indonésiens, centristes, de droite, apolitiques, qui prônent la revendication et d’autres l’effacement de soi. Ils appartiennent à plusieurs courants : chiite ou sunnite, soufi, tabligh ou salafiste. Certains ne les connaissent pas. La plupart d’entre eux travaillent, prient, vont à la mosquée et mènent une vie de famille paisible sans se poser ces questions.

Je suis un invisible même aux yeux des gens qui me côtoient, ils ne savent pas que je suis musulman. Cela n’est pas visible. Je ne le crie pas sur les toits. Ce n’est pas que je n’en suis pas fier, bien au contraire, c’est parce que je respecte la laïcité, parce que la religion relève de l’intime. Lorsque les gens l’apprennent, ils sont surpris, leurs repères s’effacent, les fondations s’ébranlent, des fissures apparaissent d’où peuvent surgir les conditions d’un véritable dialogue, où l’on risque ses idées, où l’on avance sa personne. La tâche n’est pas aisée. Il faut écarter les boucliers dressés, les préjugés, pour atteindre ce qu’il y a de plus humain chez l’autre. C’est ce qui m’intéresse avant tout : l’empathie, la soif de connaissance de l’autre, pour converser et m’élever avec lui.

As-salam’ aleykoum. Que la paix soit sur vous.