Première fois

L’histoire d’un premier amour, contrarié.


On a toutes eu des aventures amoureuses, plus ou moins sérieuses, plus ou moins heureuses. On s’est dit : « Celui-là, c’est l’homme de ma vie », puis plus tard on s’est rendu compte qu’en fait, bon bah il était juste mignon. Mais quand on rencontre le vrai, le parfait, le mystique, celui qui nous fait nous sentir un peu comme la reine du monde, celui qui trouvera toujours quoi dire, quoi faire, celui sans qui la vie serait vraiment moins chouette, il faut le garder. Malheureusement, j’ai échoué ! Honte sur moi me direz-vous, mais honnêtement, j’ai dû me battre contre une ennemie impossible à canaliser : la belle mère.

J’avais 19 ans, j’étais en Terminale, le cœur brisé, trompé, massacré... Les histoires d’ados, ce n’est jamais facile, mais voilà, tout passe dans la vie, tout. Il faut juste savoir être patient. Je le suis, depuis 2 ans.
Je l’ai rencontré à une fête d’anniversaire d’un pote en commun – une soirée épique. On n’a pas vraiment parlé, je l’ai vu, il m’a fait pleurer de rire, et à partir de là, il est devenu une obsession. Il était grand, drôle, avec des yeux bleus et un sourire à faire fondre la glace – il était parfait. Ce n’était pas vraiment un coup de foudre, c’était juste que je voulais en savoir plus sur lui. Il avait fait ses études dans le même lycée que moi, mais il n’y était déjà plus, il passait de temps en temps dire bonjour à d’anciens amis encore élèves. Je n’ai jamais osé lui parler, je le regardais de loin, en bavant littéralement.

Un jour, j’ai découvert son profil sur un site de rencontres, je me suis enfin lancée. On a parlé longtemps. On a eu des conversations longues en abordant plein de sujets, on a blagué, on avait clairement des points communs. Il m’a demandé mon numéro et ensuite on s’est échangé des sms, toutes les nuits. Le matin, au réveil, mon premier réflexe était de voir s’il avait écrit. Ne rien écouter en cours, lui écrire, toute la journée, tout le temps. C’était ça, les rapprochements du début, l’envie de le voir tout le temps, être amoureuse de son parfum... Bref, ça a duré 2 mois, le premier baiser, devant le lycée, pendant une de mes heures libres. Une fois encore, j’ai tenté ma chance :
– J’aimerais bien t’embrasser mais je ne sais pas si tu vas me laisser faire, c’est con de se prendre un râteau devant le lycée.
– Essaye, tu verras...

On a officialisé tout ça le 25 décembre, sur le coup on trouvait que c’était une super bonne idée. La relation la plus heureuse que j’ai eue, le mec le plus charmant du monde, des rires toutes les 5 minutes, comme dans un film. Il était mon meilleur ami, mon amant et mon amoureux. C’était lui ou rien. J’ai arrêté de voir les autres car je ne voulais que lui. Puis je suis partie faire mes études à Strasbourg, à une heure de là où il habitait. Ce n’était pas la fin du monde, mais c’était compliqué. Première année de vie étudiante, normalement la plus folle de toutes les années d’études. Pas pour moi. Monsieur était jaloux, je ne sortais quasi jamais pour éviter les prises de tête mais honnêtement je m’en foutais un peu, parce que quand je rentrais le week-end et qu’il venait me chercher à la gare, j’étais la fille la plus heureuse du monde. Et pourtant, il y avait un « mais ». La maman possessive, l’affreuse marâtre des contes de fées, mais vraiment, c’était le portrait de sa mère castratrice ! N’ayant pas de papa, sa sœur s’était barrée dès qu’elle avait pu, ils vivaient tous les deux. Et moi, j’étais la fille qui voulait lui voler son fils. Je ne le voyais que le week-end, et encore. Quand j’étais chez lui, étrangement sa mère lui demandait de peindre le garage, ranger la cave, poser un grillage dans le jardin, tondre la pelouse, etc. Mais dans la semaine, elle ne lui demandait absolument rien. Même chez lui, je ne le voyais pas. A quoi ça servait que je l’aide ? Je ne savais pas où on ranger les outils et il n’y avait qu’un pinceau. J’ai pris sur moi.

Au bout de 2 ans d’allers-retours incessants, j’ai proposé à mon cher et tendre de s’installer avec moi à Strasbourg. Il n’avait pas de travail fixe de toute façon. Et là, j’ai déclenché une guerre mondiale. Ma belle-mère de 54 ans avait la dent dure : « Tu ne m’enlèveras pas mon fils, il n’aime pas les grandes villes, il ne viendra jamais avec toi, il ne peut pas me laisser toute seule. » J’ai vécu un enfer : on se voyait, on se saluait, mais je ne faisais plus aucun effort, je débarrassais pour être polie mais c’est tout. Je ne lui adressais plus la parole. Mais elle n’avait pas dit son dernier mot : « Oh Audrey, on dirait que tu as pris du poids, ou alors c’est le pantalon qui fait ça ? », « J’aimais bien Pauline [l’ex de son fils], elle était gentille, elle. »
Prise de tête continuelle avec mon homme à cause de sa mère, à 25 ans je me disais qu’il aurait pu me défendre un peu, eh bien non. Sa mère lui reprochait la même chose de son côté. Et dès qu’il essayait de me défendre et de dire à sa mère d’arrêter d’être méchante, de faire des réflexions, elle ne démordait pas : « Je suis ta mère, je t’ai élevé toute seule, tu me dois le respect. » Et là, il redevenait un enfant qui se faisait disputer par sa maman.

4 mois de vives tensions et d’engueulades ! Au cours d’un déjeuner, elle m’a hurlé tout ce qu’elle avait sur le cœur. Elle a vraiment hurlé, pas parlé fort : hurlé. Mon homme n’a rien dit, il l’a laissée m’insulter. En pleurs, j’ai fini par appeler mon père pour qu’il vienne me chercher. Donc oui, j’ai pris la fuite. Le soir même, mon homme est venu chez moi, je n’étais que larmes, je lui en voulais de ne pas avoir pris ma défense, et il s’évertuait à ne pas comprendre. Je suis partie le lendemain à Strasbourg, j’ai envoyé un mail à sa mère pour lui dire que je déplorais son comportement, qu’elle devait arrêter de parler comme ça aux gens, que la relation qu’elle avait avec son fils l’empêchait d’évoluer. Deux heures plus tard, elle a répondu. Si j’avais su, je n’aurais jamais envoyé ce mail : « Si tu crois m’intimider, tu es une fille égoïste qui veut prendre le dessus sur mon fils, le commander et souvent tu le manipules. Toutes les personnes autour de moi pensent pareil. Désormais, tu ne passeras plus ma porte. Mon fils mérite mieux, il était très souriant avant de te connaître et heureux de vivre. Rends-lui service, rends-lui sa liberté. Dorénavant, je ne veux plus entendre parler de toi, tu as fait bien trop de dégâts. J’aurais déjà dû t’interdire ma maison il y a plus d’un an. »

Mon cher et tendre trouvait que je l’avais cherché et que je n’aurais pas dû lui écrire la première. J’ai passé les derniers mois de ma relation avec lui à pleurer. Entre deux crises de larmes, il me disait qu’il m’aimait, qu’il ferait tout pour arranger les choses et qu’il viendrait habiter avec moi. Finalement elle lui a demandé de choisir entre elle et moi. Ça fait 2 ans qu’il m’a quittée, 2 ans que je fais des cauchemars, que j’ai envie d’aller lui parler, que j’ai envie de le comprendre.
Si elle n’avait pas été là, je serais sans doute encore avec lui. Il me manque mais j’ai beaucoup trop souffert à cause de lui et de sa mère. J’avance, avec mes cicatrices.