Sous-France

Une prostituée "commence à avoir un peu plus le jour" en commençant une formation dans la petite enfance.


Je suis une prostituée. Je le vis, ni bien ni mal. Disons que c’est comme ça. C’est venu à moi sans que je m’en aperçoive. Parfois, je me sens sale et dégoûtée, mais cette sensation passe très vite.

Tout a commencé quand j’ai quitté mon copain après 3 ans de relation. Je ne sais pas vraiment la raison de cette rupture. Peut-être la routine. Le fait que tout soit figé, ou peut-être l’engagement. Je me dis que l’être humain ne peut pas se réserver à une seule personne. Nous ne sommes pas conditionnés comme ça. Il y a tellement d’hommes à la recherche d’un second souffle même s’il dure 2h. C’est sûrement mon manque d’éducation qui me fait penser de cette manière. J’ai peu de barrières. J’ai moins de tabous que la plupart de mes amis.
Je me suis trouvé un studio à Paris ; cher évidemment, car habiter dans cette ville est un luxe. Mais ce n’est pas pour payer mon loyer que j’en suis arrivée là. L’argent n’est pas mon moteur. Et puis, j’ai un travail. Certes mal payé, mais c’est un travail.

Mon enfance est un tissu de mauvais souvenirs. Mes parents ont perdu ma garde car ils ont été jugés inaptes à s’occuper de moi. Avec un père alcoolique et une mère suicidaire, rien ne passe inaperçu. J’ai, alors, été confiée aux services sociaux.
Je suis allée en famille d’accueil pendant 4 ans. Une famille à laquelle j’étais très attachée, c’est encore le cas aujourd’hui. Mais on m’en a retirée – car on m’aimait trop. C’est vraiment bizarre de retirer un enfant sous prétexte qu’on l’aime.
Puis je suis allée dans une famille d’accueil durant 7 ans. Mais on m’en a encore retirée pour mauvais traitements – violences physique et morale. J’ai sombré dans l’anorexie. J’avais l’impression de gêner, d’être de trop. J’ai voulu maigrir et disparaître pour ne plus que l’on me voit et ne plus déranger.

J’ai perdu ma mère à 7 ans. Elle s’est suicidée après pas mal de tentatives mais elle a fini par réussir. Mon père est mort quand j’avais 13 ans. D’une embolie pulmonaire. Une mort à laquelle on ne s’attend pas. Ça frappe d’un coup, sans prévenir.
On m’a emmenée dans un foyer de jeunes filles jusqu’à ma majorité. Cela a été une renaissance. Tout le monde est logé à la même enseigne.
Je suis sortie de foyer et suis allée vivre chez mon grand frère. J’y suis restée 2 ans car il est allé en prison pour trafic de stupéfiants. La police est venue le chercher à 6h, un matin.

Chaque jour, j’ai besoin de mon côté sale et de mon côté propre ; ma vie bien rangée et ma vie secrète – c’est mon équilibre.
La prostitution fait que je reproduis ce que j’ai vécu depuis que je suis petite. Sauf que cette fois, je m’inflige la souffrance. J’ai besoin de tomber très bas pour savoir si je peux me relever. Je ne sais pas où cela va me mener. La prostitution ne me fera plus autant de mal qu’avant. Il faudra donc que je trouve autre chose. Cela me fait peur car je n’ai pas de limites. J’aimerais plus que tout pouvoir vivre normalement. Sans que le côté sale me rappelle à l’ordre, je ne demande que ça.

Je suis une pute car je reproduis la souffrance que j’ai vécue étant petite. Je ne peux pas vivre autrement car j’ai peur de ce que sera ma vie sans souffrir.
Je ne suis pas une pute car j’aime le sexe et l’argent. Encore une fois, c’est nettement plus profond que ça. On ne se prostitue pas car on aime le sexe. Sinon on serait tous sur le trottoir.

Je commence une formation en septembre dans le domaine de la petite enfance. Je commence à voir un peu plus le jour.