J'étais perdue

Un départ en Australie pour échapper aux tourments.


A 9 ans, j’étais totalement perdue, sans que personne ne s’en rende compte. Mon cher paternel m’a fait vivre des choses qu’un père digne de ce nom ne ferait jamais subir à sa fille. Aujourd’hui je ne lui parle plus, il n’en comprend pas les raisons et considère que c’est moi le problème. Je n’emploierais pas le mot « père » ou « papa » pour le qualifier car il n’est rien de ça pour moi. Il ne m’a jamais désirée et a été dans l’obligation de me reconnaître 7 ans après ma naissance.
Il m’a toujours terrorisée, il n’était jamais à la maison – un étranger.

Lors du divorce de mes parents, j’ai dû mentir, j’ai appris à écouter aux portes et surtout découvert beaucoup sur mon paternel. Et je crois que c’est là que j’ai vraiment commencé à le détester. Cette haine, elle est encore présente, elle me détruit petit à petit, elle me consume de l’intérieur chaque jour. A cause de lui, je ne crois pas en l’amour, ni en la confiance, je ne crois plus en rien.
Je suis seule, je me suis enfermée dans ma bulle, jusqu’au jour où la douleur prend trop de place, que le mal être et le regard des autres deviennent trop dur à gérer, qu’on comprend qu’on n’a besoin d’aide mais que personne n’est là... Je ne voulais pas en finir, c’était juste un appel à l’aide mais ça n’a servi à rien. Personne n’avait compris, personne ne comprenait rien.

Mon adolescence a été mouvementée : dès la 5e, j’ai commencé à développer une phobie sociale. J’ai pris 20 kg en 2 ans, à la suite de la séparation de mes parents. De la jeune fille athlétique et jolie, je suis devenue la grosse et bien grasse fille. Ma haine envers moi et envers tout le monde s’est envenimée, j’ai commencé à devenir le genre de personne que je n’aimerais pas avoir comme ami. Est-ce qu’un jour, j’arriverais à vivre sans ma colère, sans ma haine, sachant que ce sont les seuls sentiments que je connais ?

J’aimerais pouvoir faire confiance à nouveau. Je n’ai pas d’amis parce que je repousse toute forme de familiarité et m’efforce à garder mes distances. J’aimerais pouvoir me rappeler de mon enfance avec insouciance, ce n’est pas possible. J’ai envie d’avancer. Et c’est ce que j’ai fait : à 22 ans, je viens de réaliser mon rêve – celui de partir ! Je suis en Australie pour une année. Etre loin de tout, ne me fait pas oublier mon mal-être mais j’avance et me découvre. L’Australie me permet d’ouvrir les yeux sur qui je suis, sur ce que j’ai envie et ce dont je ne veux pas. J’apprends sur moi en étant avec moi, en me faisant enfin face. Ici, je ne souffre plus de ma phobie sociale, je ne souffre plus de ma dépression. Je suis juste bien comme jamais je ne l’ai été auparavant. J’ai des rêves et des projets et rien ni personne ne m’empêchera d’y arriver !