Une séparation

Une séparation, son organisation et ses conséquences.


Avant, comme beaucoup de gens, je travaillais sans compter mes heures ni les jours, corvéable à souhait pour l’entreprise qui nous hisse dans l’ascenseur social. Ma femme ne travaillait pas et élevait les enfants en s’impliquant dans la vie associative du village. L’achat d’une maison en périphérie de Poitiers, la vie paisible d’une petite commune rurale dans laquelle les liens se tissent lentement, mais durablement : cet équilibre nous a permis de vivre heureux tous les 4 pendant une dizaine d’années Lorsque j’ai changé de profession, j’ai réalisé qu’un certain nombre de choses ne me convenaient plus et qu’il fallait que je reprenne ma vie en main pour aussi faire évoluer ma famille et donner un autre sens à tout ça.

Jusqu’alors, j’étais cadre commercial. Sous la pression des résultats, les miens, puis ceux de l’équipe que j’animais. Les déplacements avec nuitées à l’hôtel étaient fréquents et je passais du temps sur la route, seul face à moi-même à me préparer pour les entretiens de vente, de fidélisation ou de sauvetage de clients mécontents.

J’ai ensuite intégré une collectivité territoriale qui cherchait un commercial pour vendre ses friches industrielles : bâtiments et terrains en zone d’activité économique. Je me suis retrouvé entouré de collègues hommes et femmes avec de vrais horaires de bureau et une hiérarchie très pyramidale. Les journées étaient rythmées par des échanges pour le travail, des discussions plus personnelles – un changement reposant pour moi. J’évoquais avec mon épouse mon insatisfaction et lui proposais de partir en vacances juste tous les 2, d’essayer d’autres méthodes éducatives, d’initier des projets individuels ou familiaux – mais tout était compliqué à mettre en œuvre. L’éternel problème de l’argent et de la gestion des ressources familiales a fait naître d’inexorables tensions entre mon épouse et moi. Mes horaires, les voitures, les vacances, mon scooter, etc. étaient sujets à désaccords. À cela, les vies des familles respectives se sont superposées : depuis un peu plus de 2 ou 3 ans, les problèmes allaient et venaient .

En août, première semaine de vacances à 3 (mon épouse, notre fille et moi) à Lacanau. Notre fils est en Italie dans le cadre d’un jumelage. De retour d’une escapade maritime, une discussion de fin de journée avec ma femme débouche sur l’idée de divorcer. C’est tendu et bloquant, les mots ont du mal à sortir. Bref c’est dit et entendu mais pas tranché. Les jours suivants, l’ambiance est plombée, les échanges sont rares, mais le sujet est abordé parfois.
Les sporadiques échanges sont neutres, pas de contact ni de sourires, la douleur est entrée. Elle ne comprend pas, s’accroche, nous évoquons l’organisation : les enfants devront rester avec elle, dans la maison (si possible). La « grosse menace » devient douleur profonde.

Depuis novembre, nous dormons séparément et c’est un soulagement pour moi. J’ai appris que les enfants sont au courant de la situation et de son issue – des soirées de larmes, sans moi. J’ai relevé des comportements tristes et moins enjoués – tout s’explique. Je cherche un logement. J’apprends que mon épouse a trouvé une avocate, déposé une requête au tribunal et ouvert un compte bancaire séparé dans la perspective de la séparation. Je déménage dans un mois, cette période de transition étant devenue irrespirable. Ma famille est prévenue, c’est l’occasion de resserrer ces liens distendus. Premier Noël isolé : je suis chez ma sœur alors que mes enfants sont avec leur mère.

Je suis agréablement surpris par mon fils et ma fille. Ce 3e week-end ensemble s’est déroulé avec moins de heurts et plus de complicité. Ils s’expriment par écrit (poèmes et dessins) et c’est beau et touchant. En une semaine, les liens avec le passé plus ou moins proche se sont retissés.
Premières vacances seul avec les enfants. A notre retour, je reçois ma convocation pour la conciliation. Entre temps, mon contrat de travail a été renouvelé pour 3 ans.
Au milieu de tout ce bouleversement, je dois garder mon équilibre pour préserver celui des autres.
Mon fils réagit à retardement, il me voit comme un monstre, un tyran qui le rabaisse. Je dois casser ce schéma de ma propre relation père/fils, briser cette spirale. Nous nous voyons tous les 2, sans sa sœur, un soir de plus en semaine puis je le reconduis au collège. Parfois nous passons la matinée ensemble s’il n’a pas cours. Son opposition persiste et il me rejette. Nouvelle vague, car j’apprends qu’il ne souhaite plus me voir en semaine. C’est décidé, je vais me faire aider. Je veux et dois CHANGER !

Les choses redeviennent positives dans ce couple improbable que nous formons ma nouvelle compagne et moi, 23 ans après avoir fréquenté le même lycée et avoir partagé les révoltes de cette époque. Je suis officiellement à Toulouse, installé chez elle et ses enfants. Les tensions ont émaillé depuis mon arrivée... Tout quitter, construire du nouveau dans ces conditions, ce n’est pas simple. Pas toujours. J’ai du mal à voir qu’elle ne me fait pas confiance dans mes relations avec ses gosses.
J’ai décidé de me mettre en recherche active de travail, d’être dans un lien social différent de celui de ma compagne et de poursuivre le volet émotionnel. Je nettoie et répare pour l’avenir. Avec ce que j’endure du côté de mes propres enfants, je mobilise ce qui me reste d’énergie pour communiquer avec mon ex-épouse : je l’ai remerciée de m’avoir permis d’en être là où j’en suis et je lui ai souhaité de trouver à son tour la voie qui lui conviendra pour être bien et mes enfants : j’ai (re)posé les limites auprès de mon fils et l’ai remis à sa place d’enfant.

Ce Noël, je le passe avec mes enfants. Sauf qu’avant, il y a eu des échanges de textos avec mon fils – haineux et injurieux. L’ambiance des fêtes a eu raison de ces tensions. Tout s’est dégradé suite à la demande de mon fils de passer le week-end suivant chez sa copine. En plus, avec le retour de ma compagne et de ses enfants – la jalousie des miens est remontée. J’apprends alors que mes enfants n’ont aucun plaisir à me voir, qu’ils viennent parce qu’ils y sont obligés par le jugement et qu’ils ne souhaitent plus de contact mail, courrier ou téléphonique avec moi. Je suis dépité de voir et d’entendre cette chair de ma chair me rejeter ainsi, en duo, alors que rien à mes yeux ne peut justifier une telle posture. La pilule s’avale doucement. Sous la colère qui masque ma peine, j’écris que jusqu’à nouvel ordre, je n’ai plus d’enfants.

Arrive le week-end de janvier avec mon droit de visite, nous sommes chez ma sœur. Mes enfants ne m’adressent pas la parole, moi non plus. Je n’ai pas envie de faire d’efforts. Vient le week-end de février, où je tombe malade. Le samedi, au ralenti, je demande aux enfants de me rapporter de leur promenade en ville de l’argile pour me soigner. À leur retour, ils n’ont rien pour moi et ont dépensé les 20 € que je leur ai donnés. Fiévreux, je sors à pied, à 18h sous la pluie pour trouver une pharmacie.
Le lendemain, nous parlons des vacances d’hiver où ils seront avec moi et du stage de mon fils la première semaine. En relevant mes mails, je trouve celui de mon avocat qui m’informe d’un courrier de l’avocate de mon ex épouse qui dit que je n’aurais les enfants que la deuxième semaine des vacances en raison du stage de mon fils et parce que ma fille a peur de se retrouver une semaine seule avec moi. Le jugement est foulé aux pieds au nom de la parole d’enfants rapportée par leur mère. Je n’ai plus rien à faire avec eux. Je les ramène après le repas chez leur mère.

Les jours et les semaines qui suivent sont consacrés à me refaire une santé physique et mentale et à échanger des mails avec l’avocat pour répondre à ce « caprice » du clan d’en face. Finalement, je passe cette première semaine de vacances avec mes parents. La veille de partir chercher les enfants, je reçois un mail de mon avocat qui m’informe de la requête déposée pour réviser les droits de visite sous couvert d’un tissu de mensonges rapportés par la mère au nom des enfants. Plutôt que de subir, j’agis. Rendez-vous est pris avec l’avocat pour détailler et déminer ce marasme d’injures. De mon côté, je demande la révision à la baisse de la pension alimentaire que je verse. Je retrouve les enfants le soir même à 17h30 pour une semaine. À l’issue de cette semaine, je suspends mon droit de visite jusqu’au nouveau jugement et demande une expertise psychologique de toute la famille ainsi qu’une médiation enfants/père.

Je fête mes 45 ans avec ma compagne et ses enfants. Depuis 2 mois, je n’ai pas vu les miens, je n’ai pas de travail et suis sur le point de déménager pour sauver ce qui peut l’être de notre couple