Les erreurs des autres

Les démarches épuisantes d’une handicapée pour faire valoir les droits de son mari malade.


Aujourd’hui, 6h30, réveil. Depuis le décalage horaire, les journées se sont rallongées, et j’ai une heure de silence à faire car ma fille de 7 ans dort encore, vacances obligent. Bon, j’ai de la chance, c’est mercredi. Le mercredi, tout comme le vendredi, l’aide-ménagère vient me soulager des tâches les plus physiques que mon corps diminué par la maladie ne peut plus faire. En plus, aujourd’hui je suis seule, mon mari est hospitalisé. Un peu de compagnie me sera agréable pour rester sereine.

Bien que nous soyons le 29 du mois, je vérifie mon compte en ligne. Le versement de ma pension d’invalidité et du salaire de mon époux tardent à être virés. J’ai comme un pressentiment.
À 9 heures, l’aide-ménagère sonne, et de concert nous nous mettons à l’œuvre, elle au repassage, moi aux fourneaux pour préparer le repas de ma fille. Une heure plus tard, le prestataire médical arrive, livraison mensuelle du matériel de perfusion à domicile de mon mari. Puis le prestataire livreur des poches de nutrition par perfusion passe.
Je me reconnecte sur la banque en ligne. Et là, je vois que seulement un sixième du salaire de mon époux est versé. Calmement, je fais le tour de la situation : ma pension d’invalidité sert à payer le loyer. La somme versée ne sera pas suffisante pour les prélèvements mensuels de la vie courante. Une question d’une éblouissante évidence se pose alors : qui n’a pas fait son travail, pour que mon foyer se retrouve dans une telle situation ? Je réussis à avoir le numéro de téléphone d’une responsable des ressources humaines de l’employeur de mon mari, je lui envoie parallèlement un mail. Je sollicite 2 services sociaux derechef car je préfèrerais que ma fille ait à manger de façon décente le mois prochain. Une des 2 assistantes sociales est en congé, sans relais direct sur ses collègues ; et l’autre, que j’appelle de suite, ne fait pas d’aide financière. Je laisse 2 messages à l’assistante sociale du personnel de l’entreprise – comme elle invite à le faire sur chacune de ses 2 messageries...
La responsable des ressources humaines finit par me rappeler et m’explique alors que depuis le début du mois d’octobre, mon mari a changé de statut professionnel : il a quitté le statut de salarié en maladie ordinaire, pour être salarié en longue maladie. Par conséquent, il aurait dû être pris en charge par la sécurité sociale avec une indemnité à hauteur de 50 % de son salaire à compter du début du mois d’octobre. Je lui demande : « Et est-ce que le service des ressources humaines comptait éventuellement tenir informé mon époux ? Est-ce que l’agent qui n’a pas fait son travail a perçu lui aussi 1/6 ème de son salaire et n’aura rien à manger le mois prochain ? »

J’appelle les services de la sécurité sociale pour apporter éventuellement des éléments manquants au dossier de mon mari hospitalisé, et tenter de régulariser la situation le plus rapidement possible. Et là, je vais découvrir les méandres tortueux du traitement de ce dossier : depuis 2 mois, la sécurité sociale avait transmis par mail interne à l’employeur une demande de copies de bulletins de salaire, et l’employeur ne s’était jamais avisé de répondre. Je pose la question : « Comment se fait-il que la demande d’un dossier d’arrêt maladie n’ait pas été relancée en 2 mois ? » Pas de réponse. J’ose à peine me demander pourquoi l’employeur ne répond pas à une communication intranet privilégiée avec les services de la sécurité sociale.

Je rappelle le service des ressources humaines qui botte immédiatement en touche en me signifiant que cela ne relevait pas de sa compétence, mais du service paye. Le service ressources humaines se garde bien par ailleurs de me mettre en contact avec le service compétent. Je contacte alors le service paye. Sur la plateforme téléphonique standard, une secrétaire répond :
– Mais Madame, je suis dans l’impossibilité de vous communiquer les échanges de mails entre la sécurité sociale et le gestionnaire de paye, car je ne suis que secrétaire et je n’ai pas compétence à gérer les dossiers. Je vais vous expliquer : une fois que vous aurez perçu les indemnités journalières, il faudra que vous nous fassiez parvenir le décompte. Par la suite, nous l’enverrons à la mutuelle. La mutuelle fera alors un chèque à la succursale de votre mari.
– Et pourquoi la mutuelle fait-elle un chèque et non pas un virement, comme pour les remboursements normaux ?
– Parce que c’est comme ça.
– Et pourquoi la mutuelle met-elle 8 semaines pour faire un chèque ?
– Parce que c’est comme ça, elle envoie le chèque à la succursale de votre mari.
– Sachant que c’est vous qui payez, pourquoi ne recevez-vous pas directement le chèque ?
– Parce que c’est comme ça. La succursale nous renvoie le chèque et nous vous remboursons après.
– Si je suis votre logique, vous rembourserez ce que la mutuelle aura versé pour mon mari en fin de mois, même si vous recevez le chèque en début de mois ?
– Oui, vous avez tout compris.

Le soir, mon mari rentre de l’hôpital. Pour ma part, je suis épuisée de cette journée.
Si l’employeur avait fait son travail correctement, mon mari aurait perçu au moins 50 % de son salaire. Cela n’aurait pas été mirobolant, nous aurions mangé beaucoup de féculents et peu de viande. Je n’aurais pas eu à joindre des services sociaux et je n’aurais pas eu à constater une fois de plus qu’après avoir appelé à mon aide 3 ou 4 agents et assistantes sociales, la seule personne à m’avoir répondu est la seule qui ne pouvait rien faire pour notre foyer. J’ai perdu un temps fou.

Ceci est le quasi-quotidien administratif des gens malades, le combat journalier pour s’en sortir en plus du fardeau de la maladie. Et de plus en plus souvent se multiplient les journées chargées des 12 travaux administratifs d’Hercule pour ceux qui subissent les erreurs des autres.