L'appel

Le parcours d’un prêtre diocésain.


La vocation

En étant apprenti horloger, je découvrais le monde du travail. Mon père était également mon formateur et il faut bien admettre que malgré toute sa bonne volonté, je restais très maladroit et absolument pas motivé pour ce métier manuel de précision. Je tournais en rond, à l’image de ces aiguilles que j’étais censé réparer.

Des réunions de jeunes apprentis engagés dans l’action catholique des jeunes (J.O.C / Jeunesse Ouvrière Chrétienne), m’ont fait prendre conscience que mes copains – connus depuis le catéchisme et la première communion – n’avaient gardé aucun lien avec Jésus Christ… Élevé dans une famille de chrétiens pratiquants, ce lien avec le Christ m’était naturel. L’appel à consacrer ma vie à faire connaître Jésus Christ est né dans ce contexte et a persisté malgré mes hésitations à répondre.
Je pensais que c’était trop tard pour envisager des études dans un petit séminaire, mais à ma grande stupéfaction : il existait des remises à niveau pour jeunes adultes afin de pouvoir suivre les études spirituelles d’un grand séminaire. Seulement, j’appréhendais de reprendre des études et de découvrir une vie d’internat, n’ayant jamais connu la vie en pension. Ma mère et le vicaire de la paroisse étaient les seuls au courant de cet appel.

Peu avant mes 18 ans, j’ai pris la décision d’entrer dans un séminaire de vocations tardives pour vérifier cet appel. Une dernière difficulté à résoudre : qui allait payer la pension ? Il était hors de question de faire supporter la totalité de cette charge à mes parents : j’avais 3 jeunes sœurs scolarisées et les revenus de mes parents ne pouvaient l’assumer. Mon oncle prêtre a accepté d’en payer un quart et le diocèse de Montauban la moitié.

Le « petit » séminaire

Entré en octobre 1956, le plus jeune de la communauté, j’ai très vite été surnommé par le supérieur « Pépino » (petit Joseph). J’avais arrêté mes études 4 ans plus tôt, le certificat d’étude primaire en poche. J’ai dû m’adapter progressivement à ce nouveau mode de vie. Mes supérieurs ont compris mes difficultés et j’ai bénéficié d’un aménagement des horaires : j’ai été dispensé des Laudes et du temps d’oraison chaque matin pendant tout un trimestre. J’avoue avoir été contrarié de ce traitement de faveur, d’autant qu’à ma connaissance aucun autre séminariste n’en a bénéficié. Il y avait un peu d’orgueil dans mon attitude, mais j’ai ainsi commencé à comprendre l’importance de connaître ses limites, de les accepter et d’apprendre à les apprivoiser.

Les séminaristes avaient tous un service à rendre à la communauté. La première année je me suis retrouvé « caviste » : chargé de soutirer le vin et d’apporter au réfectoire les bouteilles avant chaque repas. J’ai appris à laver, à soufrer et à mettre en perce de grosses barriques. La seconde année j’ai été chargé de l’entretien et du fleurissement des quelques espaces verts. La troisième année j’ai été vaguemestre : chargé de distribuer le courrier à tous les séminaristes après l’avoir montré au supérieur, comme le prescrivait le règlement. La quatrième année, disposant d’une chambre particulière, j’ai assuré (en alternance avec un autre séminariste) de sonner (du réveil à l’extinction des feux) les différents exercices de la journée.

Les journées se déroulaient comme dans tout séminaire : Laudes, oraison et messe, petit-déjeuner, matinée de cours (le latin et le français étant les matières principales), temps d’examen particulier à la chapelle avant le repas de midi. Heures d’études et de cours l’après-midi, vêpres et causerie spirituelle du supérieur avant le repas du soir. Bien sûr il y avait des temps de détente, de sport, et les longues promenades du dimanche après midi par petits groupes.
Chaque séminariste devait se choisir un « directeur spirituel » pour s’entretenir avec lui une fois par semaine. J’ai choisi le plus jeune, il m’intimidait moins. Bien des années plus tard j’ai été très peiné d’apprendre qu’il avait quitté le sacerdoce, de même que le vicaire avec lequel j’avais mûri ma vocation avant d’entrer au séminaire… Tout au long de ces années, chaque départ d’un de ces jeunes hommes qui ne poursuivait pas m’a fortement impressionné, chaque fois je me disais : « Le prochain auquel on va dire qu’il n’est pas à sa place, ce sera bien moi ! » Mais le Seigneur m’a choisi !

Le « grand » séminaire

Tout oppose le séminaire où j’avais passé 4 ans au grand séminaire de la rue des Teinturiers à Toulouse.
Dans un premier temps je me suis senti perdu, l’ambiance générale a réveillé en moi mes fragilités, mes enfantillages… Au bout d’un semestre, la sanction tombe : je suis envoyé faire mon service militaire alors que j’aurais pu bénéficier encore de 18 mois de sursis d’incorporation.

Le jour où je quitte le séminaire, mon évêque est là pour me ramener jusqu’à Montauban avec sa voiture personnelle. Nous étions alors en 1961, la guerre d’Algérie n’était pas terminée. Ayant fait ma préparation militaire dans l’armée de l’air, j’avais l’assurance d’être affecté au service des transmissions. Je suis parti avec la motivation d’être solidaire des hommes de ma génération, de vivre en lien très étroit avec l’aumônerie et de rester fidèle à la prière quotidienne, où que je sois affecté. J’ai fait mes classes à Bremgarten en Allemagne puis un stage en base école en banlieue de Toulouse pour m’initier aux tâches d’aide (radio-gonio -téléphoniste) avant de mettre le cap sur l’Algérie.
L’unité des transmissions de l’armée de l’air à laquelle j’étais affecté, était l’une des moins exposées aux dangers. Nous n’étions pas sur le théâtre des opérations de « maintien de l’ordre » même si les avions de la base aérienne étaient des éléments de poids dans ces combats. Je ne m’y suis clairement pas illustré par des faits d’arme particulièrement glorieux ! Après une jaunisse écumante, je n’avais plus l’entraînement pour être opérationnel dans les stations gonio et j’ai été affecté au secrétariat de la compagnie. Là, j’avais accès à des documents confidentiels avant qu’ils ne soient acheminés par nos services à leurs destinataires. J’étais aussi très présent à l’aumônerie, étant seul séminariste parmi 1 500 appelés de la base.

Libéré des obligations militaires en janvier 1963, je n’ai pas appréhendé de retourner au séminaire à Toulouse et d’y observer un règlement contraignant. A mon insu j’avais effectué un cheminement humain et spirituel qui me permettait de mieux assumer la vie en communauté. Pendant mon service militaire, je fumais les cigarettes qui nous étaient attribuées. De retour au séminaire – où il était interdit de fumer (sauf aux récréations à l’extérieur) –, je me suis arrêté net de fumer et cela ne m’a pas coûté !
C’est à cette période que je rencontre D., séminariste en lien avec Le Prado. Je me suis senti attiré par cette manière d’envisager le ministère et c’est ainsi que j’ai pris contact avec les responsables du séminaire de Limonest.

Avec le monde ouvrier

Je ne sais plus trop comment, mais en 1963 me voici correspondant régional pour tout le sud ouest de la J.O.C. en tant que séminariste ancien apprenti et ancien jociste.

Un constat est fait par le mouvement : de jeunes travailleurs, militants jocistes, ont entendu un appel à la prêtrise, mais pour y répondre et vérifier leur vocation, l’Eglise ne peut leur proposer que des séminaires donnant une formation de type universitaire. Ces jeunes, issus du monde ouvrier, ne peuvent entrer du jour au lendemain dans ces structures… Une recherche va se poursuivre, visant à créer des groupes de soutien et d’accompagnement avec plusieurs temps forts dans l’année –le candidat gardant son travail et ses engagements. Nous étions une dizaine de séminaristes et religieux, tous anciens jocistes, nous retrouvant une ou deux fois par an au siège de la J.O.C. à Paris pour faire avancer ce projet.
J’ai participé pendant 3 ans à cette recherche et le projet a abouti : des groupes de soutien à plusieurs candidats se sont constitués et les ont accompagnés jusqu’à leur entrée en deuxième cycle d’un grand séminaire.

Ces mêmes années, j’ai choisi d’aller travailler pendant les grandes vacances comme manutentionnaire dans une grande surface du centre ville de Toulouse. Je logeais dans les locaux du grand séminaire et étais en lien étroit avec la mission ouvrière. J’étais liftier d’un ascenseur monte-charge. Privé de la lumière du jour de 7h à 12h et de 14h à 18h30 pendant les 6 jours de la semaine ! Un rapport écrit venait compléter cette expérience et a contribué à faire reconnaître mon cheminement et mes avancées.

Je suis entré au grand séminaire en 1959. L’usage était établi chez les séminaristes du diocèse d’élire chaque année l’un des aînés comme doyen, chargé de garder le lien entre les séminaristes et leur évêque. Quand je fus élus doyen, les 2 dernières années de mon séminaire, la fonction était d’autant plus importante que les séminaristes étaient dispersés entre 3 établissements : le premier cycle dans les locaux d’Albi, le second cycle à Toulouse, et quelques uns au séminaire universitaire de l’institut Catholique de Toulouse.

Vicaire

Mon ordination sacerdotale le 25 juin 1967 à Castelsarrasin fut pour mes parents, pour mon oncle prêtre et pour moi-même un moment de plénitude, de joie et de paix. 8 jours plus tard, j’ai reçu ma première nomination et le pouvoir d’absoudre les péchés. J’ai été nommé à Valence d’Agen. Je succédais à un vicaire qui réussissait bien avec les jeunes et je n’ai eu aucun mal à continuer à rencontrer ces pré-adolescents. Ma vieille 4CV Renault est vite devenue la mascotte, réceptacle de toutes sortes d’autocollants. J’avais aussi en charge le village voisin d’Espalais et l’organisation des catéchismes.

Je serais bien resté plus longtemps à ce poste mais au bout de 14 mois je reçois une lettre de l’évêque : « Je vais vous faire de la peine, mais je vous demande de bien vouloir accepter de rejoindre le Père R. à Notre Dame de la Paix à Montauban, il est fatigué et demande du renfort ! […] » Effectivement cette proposition ne m’enchantait pas. Mais d’une part je bloquais alors d’autres nominations – le processus fonctionnant un peu comme pour le jeu des chaises musicales – et d’autre part la paroisse de Notre Dame de la Paix était LA paroisse ouvrière de Montauban. J’ai donc accepté.

Nous sommes fin 1968. Il y a à Montauban une paroisse à part, fondée en 1955 dans les quartiers neufs de la ville. Le Père R. en est le curé, entouré par une trentaine de militants issus de l’action catholique ouvrière et formant un groupe dissident, la C.O.C. (Communauté Ouvrière Catholique). Ce sont des inconditionnels de leur curé. Ils ne supportent pas la moindre contestation des positions et du style de vie de leur pasteur. Celui-ci vit dans un cabanon en bois, au confort spartiate. Il va dormir dans une cité du quart monde et se déplace en moto. Le plus souvent, il est accompagné de son sournois berger allemand. Il prend tous ses repas chez ses paroissiens. Mes sympathies pour le monde ouvrier auraient théoriquement dû me placer sur la même longueur d’onde de cette équipe…

Dès le début, j’ai souhaité ne prendre qu’un repas par jour à l’extérieur. J’ai aussi manifesté le désir de partager un repas par semaine avec les 4 prêtres ayant un ministère sur la paroisse. Le curé nous imposait le thème et nous obligeait à donner une homélie chaque dimanche, ce que je ne comprenais ni n’acceptais. Le système de rétribution financière, je n’y comprenais rien… Par contre j’ai vite découvert que je n’avais plus les moyens d’entretenir une automobile. Côté logement, j’habitais moi aussi dans un baraquement en planches et allait dormir à 800 mètres de là dans une maison inhabitée sans chauffage.
Après 2 mois de ce style de vie peu banal, j’ai rédigé une lettre de démission destinée à l’évêque et que j’ai d’abord fait lire au Père R. J’acceptais de terminer l’année scolaire à cause des engagements pris et demandais mon changement pour l’été suivant. Réaction du curé : « Si c’est comme ça, tu peux partir dès maintenant ! » Je suis parti de nuit, avec ma valise et ma bicyclette. Mais, il faut en convenir, la réalité était cependant peu glorieuse puisque je n’avais plus d’affectation, autrement dit j’étais un prêtre au chômage, qui n’a d’autres alternatives que de se réfugier chez ses parents à plus de 30 ans…
Fort heureusement ces vacances forcées n’ont pas duré : 8 jours plus tard, j’étais accueilli dans une paroisse voisine.

Expérience paroissiale

Je fus accueilli par le Père S., ancien supérieur du petit séminaire de Montauban. C’est un homme d’un abord austère, gros travailleur, très respectueux de ses vicaires. Avec lui, j’ai beaucoup appris sur la manière d’animer une paroisse, en particulier de conduire une liturgie sobre, ne traînant pas en longueur.
On m’a tout de suite confié une équipe de J.O.C., une équipe d’A.C.O., une cité HLM avec sa tour de 10 étages et ses barres de 5 étages et la responsabilité des catéchismes des 6 à 8 ans. Par la suite j’ai eu à former une trentaine d’enfants de chœur. J’ai vite pris l’habitude de circuler en vélo régulièrement dans les allées de la cité au point de faire partie de la vie locale.

Les équipes de jeunes se forment vite et ont une durée brève, leur renouvellement commençait à poser problème à un moment où la J.O.C. a connu une crise.
Prêtre du Prado, j’étais tenu d’effectuer une année de formation (sorte de noviciat) lorsque j’aurais atteint 5 années de ministère. J’ai demandé à mon nouvel évêque de m’accorder cette année « sabbatique ». En 1972, j’ai commencé cette année de formation. C’est un retour aux sources. Il fallait aussi vérifier dans un ministère jamais exercé auparavant comment nous vivons la grâce du Prado : prêtres pauvres pour évangéliser les pauvres. Après un mois de mise en route, je fus envoyé à Fleurville. Une modeste villa était louée pour nous accueillir, mais chacun de nous devait trouver un travail salarié à mi temps et partager la chambre-bureau avec un confrère. J’ai eu la chance de trouver une place de manutentionnaire en moins de 15 jours dans une station d’essence sur l’autoroute Lyon-Paris. J’aurais pu être affecté aux pompes à essence mais devant mon refus de vendre au moins 2 bidons d’huile par vacation, que le client en aie besoin ou pas, j’ai finalement servi de bouche trou – servant à alimenter les rayons de la boutique et des distributeurs, réceptionner la marchandise livrée et l’entreposer dans les réserves, entretenir les abords de la station. Mais ce poste ne m’apportait aucun pourboire, alors qu’il constituait une part importante du salaire des employés. J’étais commandé à peu près par tout le monde, essuyant des rebuffades chaque fois qu’un employé manquait une vente, parce que le produit n’était pas en rayon. Il faut dire que pour certains produits (comme les bidons d’huile, les transistors etc.), le vendeur recevait un point de bonification, et selon le pourcentage de ventes effectué : le premier recevait un bonus de 5 %, le second 2 % et le 3ème 1 %. Chez les filles de la boutique, ce système fonctionnait à plein et entretenait les jalousies. Je n’ai jamais affiché que j’étais prêtre mais il n’a pas fallu 15 jours pour que tous le sachent. Par contre je ne me cachais pas pour dire que je n’étais pas d’accord avec les méthodes de vente de la station, ce qui m’a valu d’être étroitement surveillé par le chef de station. Je suis vite parti.

Une insertion dans le rural

Je n’avais en propre qu’une petite paroisse annexe où j’assurais une messe un dimanche sur deux, pour 10 ou 15 personnes, dans une église sans chauffage. Il y avait dans cette région une coutume bien ancrée appelée « les grands services ». Elle consistait à rassembler 2 ou 3 prêtres dans l’une ou l’autre minuscule église du coin afin d’y célébrer une grand-messe pour les morts, avec une prédication de circonstance. Le tout était suivi d’un repas qui occupait trop de temps. Je préférais le temps passé à l’aumônerie du collège.

J’ai vécu comme une vraie gêne le fait d’occuper provisoirement les locaux et utiliser les meubles de mon prédécesseur – un prêtre qui venait d’entrer dans un établissement de soin. Au bout d’un an, j’ai souhaité voler de mes propres ailes comme curé.

Curé

Mirabel est un charmant petit village du Quercy. Il n’est pas dans la zone géographique des « grands services », il n’en a pas moins 4 lieux de culte sur le territoire de la commune, chacun entouré d’un cimetière, et je desservais aussi une église sur une commune voisine. Au moment des fêtes de Toussaint c’était autant de services pour les défunts à célébrer et de prières dans les cimetières ! Les jours qui précèdent l’Ascension il y avait aussi les « Rogations » avec bénédiction des récoltes à venir dans ces différents lieux de culte.

J’ai été amené à entreprendre des travaux de restauration du chœur de cette église chargée d’histoire. Il a fallu d’abord trouver les fonds nécessaires, les paroissiens se sont montrés généreux et nous avons pu subvenir au supplément de dépenses imposé par les directives de l’architecte des monuments de France. Le montant de la facture a même été intégralement payé le jour de sa présentation !
Pendant mes quatre années à Mirabel, un conseil économique s’est constitué. Son premier travail a été de s’occuper de la réfection des installations électriques des cloches de l’église du village, endommagées par la foudre. Pour répondre aux souhaits du dit conseil, avec l’un de ses membres, nous sommes passés de maisons en maisons afin de récolter des fonds, mon équipier délivrant un reçu aux donateurs.

Durant ces années, avec la participation des chrétiens, nous avons réussi à mettre en route un club d’Action Catholique de l’Enfance (A.C.E.), formé une équipe C.M.R. (Chrétiens en Monde Rural) et plusieurs catéchistes ont été recrutées pour partager ma tâche. Pour ne pas être trop isolé, je me rattachais à une autre équipe de prêtres voisine.

En équipe

Cette équipe de prêtres rassemblait plusieurs aumôniers diocésains de l’action catholique des jeunes et des adultes en milieu rural, animant en même temps un vaste secteur inter paroissial. L’évêque y envoyait volontiers des séminaristes en stage.

Pour ma part, j’avais en charge 3 communes ainsi que deux lieux de culte. Au bout de 4 ans, l’équipe – prenant conscience que la présence de 4 prêtres ne permettait pas aux laïcs de prendre toute leur place dans la vie de l’Eglise du secteur – décide de ne plus poursuivre. Les 2 plus anciens ont été envoyés vers une autre mission et les 2 autres, dont moi, avons été chargés par l’évêque de nous trouver un chef d’équipe, ce qui fut fait assez vite.

Je déménage de presbytère. L’équipe comprend 2 prêtres. Une jeune religieuse, engagée dans la pastorale (A.C.E., catéchèse, aumônerie de jeunes scolaires) participe à nos révisions de vie et à nos réunions de travail. Une femme dans une équipe d’hommes, cela ne va pas de soi : il lui a fallu s’affirmer et montrer ses compétences. J’ai été très sensible à cet état de fait, et me suis lié d’amitié. Encore aujourd’hui, il subsiste entre nous un lien épistolaire fraternel. Pendant ces 13 années, j’ai gardé la responsabilité de la catéchèse et élargi mon territoire. En 1993, c’est à moi qu’incombe la responsabilité de la paroisse !

Curé de Notre Dame de la Paix

Le territoire de la paroisse occupe un large éventail qui se déploie de la piste de l’aérodrome à la route de Paris et à son prolongement. Il s’est étendu au grès des promoteurs immobiliers des années 50 à 80, entre petites cités et zones pavillonnaires. Aucun lieu de rassemblement et de convivialité, si ce n’est la « chapelle » : modeste octogone de 80 places assises, prolongée par la suite d’une grande salle polyvalente pouvant servir de salle de concert et de lieu de culte. Le tracé complexe des rues ne permet pas de situer facilement cette église au clocher de bois ne dépassant pas les 8 mètres de haut. La communauté ouvrière chrétienne des années 50 avait bien perçu ce besoin de se rassembler et d’animer un quartier. Des chanteurs comme Jacques Brel à ses débuts sont venus s’y produire. Un feu de la Saint Jean et la grande kermesse de septembre perpétuent encore aujourd’hui ce rôle. Ces diverses activités et manifestations sont une source de revenus pour entretenir les bâtiments, édifiés bien après la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et donc entièrement à la charge des paroissiens.

Quand j’ai pris la charge de curé, la paroisse n’avait plus rien à voir avec l’ancienne équipe de la C.O.C. (Communauté Ouvrière Chrétienne), les équipes d’action catholique avaient quasiment disparues, par contre l’animation liturgique et catéchétique fonctionnait à plein régime et il y régnait un esprit bon enfant très convivial. Le vicaire général prenait son tour de prédication un dimanche par mois ainsi qu’un jeune aumônier de l’enseignement public. 2 prêtres m’ont secondé très efficacement.
Ces années d’intenses activités n’étaient pas pour moi circonscrites à la seule paroisse : j’accompagnais l’équipe de laïcs du service diocésain de la catéchèse, j’intervenais au collège et au Lycée de l’Institut Familial, j’étais aumônier de Pax Christi et à ce titre j’avais des liens avec la CIMADE et les déboutés du droit d’asile, je participais enfin à des rencontres interconfessionnelles et même inter religieuses sur la ville ! Ce fut l’apogée de mon ministère.

Curé doyen

La charge de Notre Dame de la Paix était passionnante, les laïcs très partie prenante. Le curé donnait le cap et aidaient chacun à s’y tenir. Mais, je commençais à m’essouffler. Je dois dire aussi que le manque de cohésion entre les diverses paroisses de la ville commençait à m’être insupportable. J’ai donc demandé mon changement dans les 2 années à venir pour une charge moins lourde. L’évêque m’a pris au mot et c’est la même année qu’il m’a envoyé à Saint Antonin. Je n’avais pas réalisé l’ampleur du changement : ici les paroissiens n’avaient pas d’autres préoccupations que de réclamer le maximum de messes à célébrer dans leurs différents lieux de culte : 27 au total ! En une seule année, ils sont passés de 3 prêtres présents sur le secteur à un seul et ils attendaient autant de culte et de visites qu’auparavant ! Il fallait prendre conscience que la présence du prêtre n’était pas indispensable à chacune des célébrations, si celles-ci étaient bien préparées ensemble, avec un message du prêtre exprimant son envoi de l’équipe d’animation et son union dans le soutien et la prière. La décision est prise : 6 messes seront célébrées aux églises des bourgs centre, et une quinzaine de célébrations réparties sur les 3 ou 4 jours autour de Toussaint seront animées par des laïcs. 11 ans après, nous avons toujours la même organisation et personne ne trouve à redire ! Il y a eu d’autres combats à mener, d’autres oppositions de paroissiens sentant leurs petits villages abandonnés : moins de messes célébrées sur place et surtout l’absence de visites à domicile du curé.

Ce n’est que lors de la visite canonique de l’évêque, 2 ans plus tard, que celui-ci, s’apercevant combien j’étais seul sur ce secteur très étendu, a fait le nécessaire pour trouver une communauté de religieuses apostoliques à même de s’implanter chez nous. Sans la présence de cette communauté, j’ai la conviction que je n’aurais pas pu persévérer dans cette tâche, d’autant plus que mes confrères voisins travaillaient à l’opposé des dispositions qu’il me fallait prendre. J’ai d’ailleurs rencontré et travaillé essentiellement avec des femmes tout au long de mon ministère, en catéchèse, en liturgie ou dans les équipes d’action catholique.

Je suis prêtre diocésain et viens d’atteindre mes 45 années de sacerdoce. Tout au long de ces années le Seigneur a été à mes côtés. J’ai toujours été serviteur de Dieu à la suite de son maître. Le serviteur ne s’appartient pas, il sert. Et ce service est un don de soi à la suite du Christ. Au soir de mon existence, vais-je m’accrocher à ce service comme à un faire valoir ? Ou bien vais-je consentir à me laisser dessaisir petit à petit jusqu’à l’offrande ultime de ma vie ? C’est la grâce que je me souhaite. Je sais pouvoir compter sur le Seigneur et sur les prières des autres.