J'ai pris un coup de vieux

Le départ en retraite d’un prêtre catholique.


Le départ à la retraite est toujours déstabilisant, je le savais mais j’en minimisais les difficultés ! Je ne vais pas rester sans activités, je garde un ministère, c’est juste un changement de poste avec des responsabilités en moins. Et puis, ô merveille, on me propose de revenir à la paroisse où j’ai commencé mon ministère, et d’être le coach d’un prêtre malgache. Les personnes auxquelles j’ai demandé conseil me voient très bien remplir ce rôle. En acceptant d’être prêtre auxiliaire au service d’une paroisse je me démarque de plusieurs confrères un peu plus jeunes que moi, se retirant carrément, tout en acceptant des services ponctuels, et je ne pouvais imaginer les difficultés et contrariétés que j’allais rencontrer …

Tout d’abord mon successeur à mon dernier poste curial prend le contre-pied de tout ce que j’ai pu mettre sur pied en 14 ans de présence ! Faire et défaire, c’est toujours travailler ! Tournons la page.

Pendant le mois de septembre, j’assure l’intérim dans ma nouvelle affectation. Tout heureux de retrouver une personne connue lors de sa formation de catéchiste, j’ai été très affecté par les critiques très dures émanant de 2 paroissiennes, sur elle et sur le curé précédent. Ce dernier est un copain depuis 30 ans, et je ne peux accueillir les allégations de deux personnes compliquées, n’ayant pas accepté d’être mise sur la touche. Pour une entrée en piste j’aurais espéré mieux ! Ensuite le curé que je viens assister, après 2 mois d’hésitation a fini par refuser tout net un coach !
Et pourtant, son indécision permanente, les réactions très vives de ses collaborateurs laïcs, montrent à l’évidence combien j’aurais pu lui être d’un grand conseil !
Je réalise progressivement ses difficultés pour comprendre le français, même s’il cache souvent sa gêne en riant. Vais-je être son boy, assurant ce qu’il n’a pas envie de faire ? Vais-je être sans cesse sollicité pour des choses qui ne se font pas ou qui sont mal engagées ? Ne durcissons pas les positions mais sa nonchalance me laisse très méfiant. La cohabitation n’est pas non plus une réussite.

Parlons de son automobile : 7 semaines pour se mettre en règle, obtention de la carte grise et de l’attestation d’assurances : nous n’avons pas la même notion du temps ! Naïf comme je suis, je n’avais pas pressenti que ma présence est souhaitée pour éviter des dérives non seulement au niveau des activités mais aussi au niveau financier, car les pressions sont grandes du côté du pays d’origine marqué par une très grande misère. Vous devinez le piège ?

Je passe bien auprès de la population locale et ne rechigne pas à prendre ma retraite ici, mais avec plus d’indépendance ! Les services de l’évêché semblent s’orienter vers l’attribution d’un petit logement social en ville, mais cela risque de prendre beaucoup de temps ! Le vicaire général a lancé l’idée, mais l’économe diocésain, près de ses sous, voudrait que j’occupe un appartement sous le même toit qu’une annexe paroissiale où se déroulent les catéchismes et un certain nombre de réunions de la paroisse. Accepter de venir habiter ce logement me rendrait encore trop lié et trop dépendant du curé. Je suis à la retraite me semble-t-il ! Restons cool !

Il n’empêche, j’ai pris un coup de vieux et n’envisage l’avenir qu’en habitant en dehors des locaux paroissiaux ! Si ce n’est pas possible ici pour des questions d’argent, je ne suis pas attaché à ces lieux et demanderai une autre affectation.