Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Stéphanie Dautel

Ecrire pour dire l’indicible.


Récits

Je suis des milliers  

Expériences d’une éducatrice spécialisée.

Je travaille au milieu de vous, dans les quartiers, les familles, les foyers, les écoles, les hôpitaux psychiatriques, au tribunal, pour le 115 – la nuit, le jour, les week-ends, dans la promiscuité, dans le bruit, les cris, les silences.


Le Journal du Centre

Publication : 30 septembre 2015

Durée de lecture : 7 mn

Nombre de mots : 1440

Elle voulait juste aller à l’école  

L’accompagnement social d’une mineure isolée étrangère.

Nous sommes presque dans le même bateau : moi je dois ouvrir des portes, elle, doit les franchir.

Publication : 17 décembre 2015

Durée de lecture : 11 mn

Nombre de mots : 2210

Ils ont aimé :


Quelquefois aimer ne suffit pas  

Les aléas d’une éducatrice spécialisée.

J’avance souvent, et longtemps parfois, dans des zones marécageuses avant de trouver une terre ferme où je pourrai dire au revoir à ces familles.

Publication : 2 mars 2016

Durée de lecture : 5 mn

Nombre de mots : 1030

Bibliothèque

 
 
 

Ses derniers commentaires

  • Continue d’écrie Alexia, car ce qu’il y a de magique avec les mots, c’est qu’ils nous ouvrent plein d’horizons !

  • Dans nos métiers, nous rencontrons beaucoup de gens et, certains nous laissent un souvenir heureux, une bulle d’air qui continue de monter haut dans notre ciel et nous indique une autre voie... Pour ma part je me souviens d’Ali, un jeune Afghan que j’avais accompagné à l’OFPRA en ce petit matin d’hiver. C’était MA 1ere fois là-bas et, je ne sais pourquoi, j’ai pu assister ( à condition de me taire ) à l’interrogatoire ( car c’en est un, n’est-ce pas ! ) de ce garçon à peine sorti de l’enfance... J’ai même eu droit à " Avez-vous quelque chose à dire concernant Ali ?" A cette parole donnée, peut-être parce que je représentais le Département qui m’employait, j’ai répondu simplement " Il faut prendre en compte que le récit d’Ali s’appuie sur les souvenirs d’un enfant de 8 ans de ce que sa mère lui a raconté de son histoire..." et puis nous somme sortis, retrouver la rue, l’air libre.
    Lorsque j’ai demandé à Ali comment il se sentait, il m’a répondu "j’ai l’impression que j’ai tué quelqu’un ! alors que je suis juste venu en France..." et sur son visage je pouvais lire toute incompréhension que ses mots ne disaient pas.

    Sa demande d’asile lui a été refusée. Pourtant, son sourire, sa joie ne se sont pas éteints. Ce qu’il a perdu, emporté par ce refus, il ne me l’a pas dit et je ne peux le mesurer, mais ce qu’il a gagné, je le devine...

    Je me souviendrai toujours d’Ali.

  • Merci Monade. Ce métier, à la frontière du monde "ordinaire", bouscule souvent nos certitudes. On y apprend les complexité de l’être humain, ses contradictions, mais aussi ses fulgurances, ses capacités à se réinventer. Cet apprentissage nous met parfois à mal, car il nous oblige à reconsidérer certaines de nos valeurs... pas toujours facile d’accepter certains choix qui s’imposent alors.

  • Des ombres oui, mais qui diffusent tant de lumière dans nos vies.
    Merci pour ce partage.

  • Toute ta joie, ton optimiste, ton sourire, tout est là, au travers de tes mots. Petite bonne femme dont la force a dû en impressionner plus d’un !
    Une citation me revient en mémoire : "Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort"....Je ne sais plus qui a dit ça... ah si ! c’est sûrement toi !

    Merci pour tout l’espoir que tu écris.

  • Des instantanés de vie en rafale...mais au ralenti !
    Le quotidien est vraiment source d’inspiration.
    Merci Constance

  • J’ai beaucoup appris en accompagnant pendant 5 ans des MIE, j’ai voyagé par procuration ! Je voulais travailler en Afrique lorsque j’étais plus jeune ; en fait, c’est l’Afrique qui est venue à moi !
    Je reste en lien avec quelques uns qui sont aujourd’hui dispersés en France. Cet accompagnement m’a permis de belles rencontres avec de belles personnes.

    Merci Pleutre.

  • merci Caroline et, comme mon titre l’indique, nous sommes des milliers ! Beaucoup ont cet engagement, cet envie d’essayer, d’y croire, mais nous sommes peu à le faire savoir ce qui est dommage. Bonnes fêtes de fin d’années à tous.

  • Belle liberté dans votre parcours. J’ai moi aussi pu trouver ma place en reprenant des études à l’âge de 30 ans ; Une révélation ! Les mots, les idées, m’ont ouvert tant de portes, tant de possibles !!!

  • bonsoir Pleutre,

    "pourquoi écrire que j’écris des lettres de suicide ?" Peut-être pour comprendre pourquoi vous les écrivez, comme une rengaine et que vous restez là, néanmoins, témoin de votre mal... Comprendre ce qui nous arrive, mettre du sens à l’impensable, est certainement une preuve de raison, si ce n’est de résilience. Et, à vous lire, justement, je perçois sans mal cet humour moteur à toute résilience ! Ecrire, nous donne l’occasion de revenir sur notre histoire, petit bout par petit bout, comme un puzzle dont les mots s’assemblent au fil des textes, des ans, pour former un paysage clair. Et, pour terminer, je ne pense pas que vous soyez un pauvre type ; un pauvre type ne s’interrogerais surement pas comme vous le faites. Allez, continuez de vous battre pour atteindre la belle lumière.

  • Votre histoire Michel, ressemble à l’histoire de beaucoup que j’ai croisés et vous me rappelez un autre Michel. Lui aussi faisait le jardin avec d’autres gars du foyer. Michel, il était LE magicien du potager ! Tout poussait sous sa bêche. Lui aussi il avait une amoureuse. Au foyer, on ne les voyait jamais l’un sans l’autre....

    Prenez soin de vous Michel ; sûr que vous avez encore de bien belles rencontres à faire.

  • Merci à vous deux ; le prochain texte, inspiré lui aussi par mon travail, sera bientôt en ligne alors bonne lecture.

  • Effectivement, le viol, dans nos sociétés, n’est guère plus grave qu’une jambe cassée... "ça" se répare, préfère-t-on penser. Ca arrange. Il y a amputation, mais ça ne se voit pas.

    J’en ai accompagné beaucoup de ses femmes ou gamines violées, abusées, ignorées dans ce qu’elle avait perdu de plus précieux...une part d’elle-m^me et la confiance en la vie qui ne reviendra jamais vraiment.

    Alors oui, les conséquences d’un viol, les dommages collatéraux sur plusieurs générations, je les vois au quotidien dans ses familles en difficultés. Sept fois sur dix, on trouve un viol dans l’histoire... Mais la société, les lois, préfèrent fermer les yeux. Ca dérange le viol. Ca peut être contagieux, allez savoir ! Ca dérange les collègues qui ne savent pas comment en parler, comment aider ces femmes victimes ; ça dérange les juges des enfants, qui ne rebondissent pas sur des dessins d’enfants abusés par leur père et le silence se fait dans la salle d’audience ; ça dérange la police qui, faute de formation ou d’empathie, retourne la victime en coupable...

    Votre témoignage est exemplaire. Ne lâchez rien Virginie.

  • Que dire d’autre que vous n’ayez si justement dit ?

  • Très touchant... J’ai eu la chance d’avoir ma grand-mère jusque il y a deux ans. Toute sa tête et ses jambes avec !
    Une santé de fer et un mental assorti. Elle était le phare qui ralliait toute la famille. Toujours allumé, immuable et visible de loin.

    J’étais allée la voir en février. Elle m’avait dit, de cette voix qui résonne encore à mes oreilles : "mais, tu as pris des joues ! oui, tu as pris des joues !" J’avais effectivement pris quelques kilos ! Et puis de rajouter : " tu reviens quand ?" "Le 13 mars sans doute" lui ai-je répondu.

    Je n’ai pas pu faire le voyage. Un soir, comme tous les soirs, elle a suivi son chat ( aussi vieux qu’elle ! ) qui venait la chercher pour aller se coucher. Elle ne s’est jamais réveillée. C’était le 15 mars. Elle était dans sa 100 ème année...

    Jusqu’à son dernier soupir, elle a gardé son regard perçant et ses mots vifs. Juste un peu fatiguée, lasse.
    Quelques années plus tôt elle m’avait dit : " tu sais, je ne sais pas si c’est une bonne chose de vivre si vieux... non je ne crois pas..."

    C’était il y a 2 ans...elle me manque toujours autant.

  • J’ai beaucoup appris en vous lisant. Merci de nous avoir ouvert les portes de votre univers.

  • oui, les échecs, les erreurs ou les déceptions, sont autant de portes qui s’entrouvrent sur nous-mêmes et les autres.
    Si je peux me permettre, quel est le titre de votre livre et quel est sont sujet ?

  • et bien merci pour ces quelques précisions. J’avoue ne m’être jamais étendue sur les conditions masculines ; pour autant, je pense sincèrement que l’Homme est mis à mal dans sa masculinité, par nous, les femmes, au point, parfois, d’en perdre sa quintessence. Votre mémoire aura au moins le mérite de se pencher sur la question et Raconter la vie, de la poser à un plus grand nombre !
    Bonne soirée au Canada

  • Je suis toujours très admirative des personnes qui ont, comme vous, le don de créer. Manuelle moi même, mais dans la cours récréative, je sais combien la précision, la création, la finition, l’imagination, nécessitent de temps et de fatigue. Et combien cela peut être frustrant de ne pas voir son travail reconnu à sa juste valeur...

    Quel gâchis de ne plus retrouver en vous la magie de créer. Peut-être qu’avec le temps....

  • J’aurais bien aimé connaitre la suite....

  • J’ai été référente Mineur Isolé Etranger pendant 5 ans ; j’ai donc accompagné ces jeunes dans leur parcours d’insertion . L’objectif était qu’ils deviennent autonomes et pour cela le foyer Adoma de Nevers a été un outil formidable grâce à une équipe sur laquelle j’ai pu m’appuyer durant tout le temps de leur contrat jeune majeur.
    J’ai fait de belles rencontres ; des jeunes venant d’Afrique, principalement. Je suis toujours en lien avec certains d’entre eux. Ils me disent souvent que j’ai été comme une mère ! C’est surtout un échange ; ils m’ont beaucoup appris. Je comprends votre motivation !

  • C’est vrai, nous avons de belles histoires parfois, où l’apparente cruauté disparaît, "noyée", elle aussi, dans une étrange poésie.